Rédigé par : stivionade
Créé le 24 janvier 2012
Révisé le 24 janvier 2012
1. Introduction :
Les particularités transfusionnelles propres à cette période de la vie doivent être connues pour assurer une efficacité optimale et réduire au maximum les risques inhérents à cette pratique qui obéit à des régles bien précises.
En effet, chez les nouveaux-nés et jusqu'à l'âge de 3 mois, les règles immunologiques qui assurent la sécurité transfusionnelle sont différentes de celles appliquées à l'enfant plus grand et à l'adulte. Ceci est dû à plusieurs facteurs :
- La présence possible chez les nouveaux-nés d'anticorps immuns de type IgG et de spécificité anti-D, anti-A, anti-B ou d'autres d'origine maternelle. Ces anticorps, qui lui ont été transmis via le placenta, ont une demi-vie de 21 jours en moyenne et peuvent persister dans la circulation sanguine pendant plusieurs semaines. Il en découle que le choix du sang à transfuser est fonction des groupes sanguins de la mère et de l'enfant et tient compte des anticorps maternels éventuellement transmis au nouveau-né. Ainsi afin d'écarter tout risque d'un conflit immunologique, en plus de la détermination des groupes ABO et rhésus de l'enfant et de la mère, il faut rechercher les agglutinines irrégulières (RAI) de la mère et pratiquer un test de Coombs direct chez l'enfant.
- L'immaturité du système immunitaire à cet âge de la vie rend compte du risque dramatique des infections transmises essentiellement à cytomégalovirus (CMV), et du risque de réaction du greffon contre l'hôte chez le préterme. La prévention de ces accidents repose sur l'utilisation de produits sanguins "CMV négatif" ou de sang déleucocyté pour éviter l'infection à CMV et de sang irradié pour prévenir la survenue de réaction du greffon contre l'hôte (GVH).
- L'immaturité du système de conjugaison et d'excrétion de la bilirubine avec son risque potentiel d'ictère nucléaire et la difficulté d'excrétion du potassium amènent à choisir fréquemment un sang frais de moins d'une semaine surtout dans les premières semaines bien qu'actuellement il est démontré que la transfusion du nouveau-né par des dérivés conservés durant 35 jours dans le cadre des protocoles de donneur unique soit bien tolérée.
2. Les produits sanguins utilisés :
- Sang total : Son indication est devenue de plus en plus rare, sauf dans certaines situations notamment dans les hémorragies aiguës graves d'origine anténatales foetales ou foeto-maternelles, périnatales de causes obstétricales ou post-natales et l'exsanguinotransfusion lors des incompatibilités foeto-maternelles et des hyperbilirubinémies indirectes. Dans ces cas, il est conseillé d'utiliser, essentiellement chez le prématuré, du sang total provenant de donneurs CMV négatif et surtout irradié. Par ailleurs, on préfère utiliser un sang frais afin de réduire le risque d'hyperbilirubinémie et d'hyperkaliémie. La quantité de sang à transfuser est fonction de chaque cas.
- Concentrés de globules rouges (CGR) : Ils sont indiqués dans les anémies importantes, quelles que soient leurs causes : hémorragies, excès de destruction, défaut de production. La quantité à transfuser est mesurée par la formule suivante : (Hb théorique - Hb du malade) * Poids * 3 avec un rythme de 1 à 2 gouttes/ Kg/ Minute. Ces CGR devront être CMV négatif et irradiés pour les prématurés. Des unités pédiatriques sont également utilisées afin de limiter le nombre de donneurs.
- Concentrés unitaires de granulocytes : Ils sont exceptionnellement utilisés en cas de septicémie néonatale sévère avec neutropénie.
- Concentrés plaquettaires : Ils sont indiqués en cas de thrombopénie sévère avec risque hémorragique quelle que soit son étiologie. Les concentrés de plaquettes déleucocytés et irradiés sont recommandés chez les prématurés pour prévenir l'infection à CMV et l'allo-immunisation anti-leucoplaquettaire.
- Plasma frais congelé : Il est indiqué en cas de coagulation intravasculaire disséminée ou de déficits globaux en facteurs de la coagulation.
3. Les risques liés à la transfusion :
La transfusion sanguine n'est pas exempte de risques. Ces derniers peuvent être d'ordre :
- immunologiques (Anticorps d'origine maternelle et GVH)
- infectieux (bactéries, virus et parasites provenant éventuellement de la transfusion)
- métaboliques (hypokaliémie et hyperbilirubinémie si le sang est trop ancien, hyperglycémie à cause du taux élevé de dextrose dans la solution de conservation et l'hypocalcémie due à la chélation du calcium par le citrate).
4. Selection des CGR :

Les CGR doivent être compatibles avec le phénotype de l'enfant ou de la mère si l'enfant n'est pas groupé. Si la RAI de la mère est positive, les CGR doivent être compatibles avec les Ac maternels.
5. Conclusion :
La transfusion sanguine est une pratique courante en néonatologie mais non dénuée de risque. La réduction de ce risque nécessite une connaissance parfaite des particularités hématologiques spécifiques au nouveau-né et une rigueur particulière dans les indications transfusionnelles et dans le choix du produit sanguin à transfuser.
source : A. Thimou