Les anticorps érythrocytaires peuvent reconnaître des antigènes présents à la surface des hématies. Lorsqu’un anticorps se fixe à un antigène érythrocytaire qui lui est spécifique, l’hématie peut être opsonisée, puis éliminée par différents mécanismes immunologiques. Ces mécanismes dépendent notamment de la classe et de la sous-classe de l’anticorps, de la densité de l’antigène et de la capacité de l’anticorps à activer le complément.
La liaison entre l’anticorps et l’antigène s’effectue par la région Fab de l’immunoglobuline. La région Fc, quant à elle, permet le recrutement des mécanismes effecteurs, notamment par son interaction avec les récepteurs Fc présents sur les macrophages et par sa capacité à participer à l’activation de la voie classique du complément via C1q.
Destruction extravasculaire
Les anticorps IgG, notamment les sous-classes IgG1 et IgG3, peuvent entraîner une destruction extravasculaire des hématies. Les macrophages reconnaissent la région Fc des IgG fixées sur les hématies grâce à leurs récepteurs Fcγ. Les hématies sensibilisées sont alors principalement éliminées dans la rate et le foie par phagocytose.
L’activation du complément peut également conduire au dépôt de fragments de C3, notamment C3b et iC3b, sur la membrane érythrocytaire. Ces fragments sont reconnus par les récepteurs du complément présents sur les phagocytes et favorisent l’élimination extravasculaire des hématies, particulièrement au niveau du foie.
Destruction intravasculaire
Les anticorps IgM sont particulièrement efficaces pour activer la voie classique du complément. Lorsque cette activation se poursuit jusqu’à la formation du complexe d’attaque membranaire (MAC), elle peut provoquer une lyse directe des hématies dans la circulation sanguine et donc une hémolyse intravasculaire.
Cependant, l’activation du complément ne conduit pas nécessairement à la formation du MAC. Elle peut s’arrêter après le dépôt de fragments de C3 sur l’hématie. Celle-ci est alors opsonisée et peut être éliminée secondairement par les macrophages, principalement au niveau du foie.
Le mécanisme de destruction dépend donc non seulement de la classe de l’anticorps, mais également de sa spécificité et de la densité de l’antigène correspondant sur l’hématie. Ainsi, certains anticorps IgG peuvent également activer le complément et, dans certaines situations, participer à une hémolyse intravasculaire.
Conséquences cliniques
La reconnaissance d’un antigène érythrocytaire par un anticorps incompatible peut donc entraîner une destruction accélérée des hématies. Ce phénomène est particulièrement important en transfusion sanguine, où les allo-anticorps du receveur peuvent détruire les hématies transfusées.
Ces mécanismes interviennent également dans certaines maladies hémolytiques, notamment les anémies hémolytiques auto-immunes (AHAI) et la maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né (MHNN).
