La recherche d'anticorps anti-érythrocytaires, anciennement appelée recherche d'agglutinines irrégulières (RAI), consiste à rechercher dans le sérum ou le plasma du patient des anticorps dirigés contre des antigènes érythrocytaires autres que les antigènes A et B du système ABO.
La RAI comporte deux étapes :
- le dépistage, qui recherche la présence ou l'absence d'anticorps anti-érythrocytaires ;
- l'identification, réalisée lorsque le dépistage est positif, afin de déterminer la ou les spécificités des anticorps présents.
Ces examens sont réalisés à l'aide de gammes d'hématies-tests humaines de groupe O, afin d'éviter les interférences liées aux anticorps du système ABO. La RAI joue un rôle essentiel dans la sécurité transfusionnelle et dans le suivi immuno-hématologique des femmes enceintes, notamment en raison du risque d'allo-immunisation materno-fœtale.
Dépistage
Le dépistage consiste à rechercher la présence éventuelle d'un ou plusieurs anticorps anti-érythrocytaires dans le sérum ou le plasma du patient.
En France, le dépistage repose sur l'utilisation d'une gamme d'au moins trois hématies-tests de phénotype O. Ces hématies doivent permettre de détecter les principaux anticorps anti-érythrocytaires présentant une importance transfusionnelle ou obstétricale.
La réglementation prévoit notamment la détection des anticorps dirigés contre les antigènes :
- Rh : D, C, E, c et e ;
- Kell : K et k ;
- Kp : Kpa et Kpb ;
- Duffy : Fya et Fyb ;
- Kidd : Jka et Jkb ;
- MNS : M, N, S et s ;
- Lewis : Lea et Leb ;
- P1 ;
- Lutheran : Lub.
Les trois hématies-tests doivent présenter des phénotypes Rh différents permettant de couvrir les principales combinaisons antigéniques. La réglementation française impose notamment la représentation des trois phénotypes suivants :
- RH:1,2,-3,-4,5 : D+C+E−c−e+ ;
- RH:1,-2,3,4,-5 : D+C−E+c+e− ;
- RH:-1,-2,-3,4,5 : D−C−E−c+e+.
Le panel doit également comporter une expression homozygote pour certains antigènes afin de permettre la détection d'anticorps dont la réactivité est plus importante avec les hématies homozygotes. Cette exigence concerne notamment Fya, Jka, Jkb et S. L'homozygotie pour Fyb et s est recommandée.
Le dépistage est réalisé par une technique suffisamment sensible pour détecter un anticorps anti-D humain à une concentration de 10 ng/mL dans les conditions définies par la réglementation française.
Lorsque le dépistage est négatif, le résultat est rendu comme « dépistage négatif ». Lorsqu'il est positif, une identification de l'anticorps ou des anticorps présents doit être réalisée.
Identification
L'identification est réalisée lorsque le dépistage est positif. Elle permet de déterminer la spécificité du ou des anticorps présents dans le sérum ou le plasma.
Elle peut également être complétée par des investigations spécialisées dans certaines situations complexes, notamment lors d'une poly-immunisation, d'une réaction transfusionnelle ou d'une allo-immunisation materno-fœtale.
L'identification repose sur l'utilisation d'une gamme d'au moins 10 hématies-tests de groupe O présentant des profils antigéniques différents. La répartition des réactions positives et négatives obtenues est comparée au profil antigénique de chaque hématie afin de déterminer la ou les spécificités anticorps.
Le panel d'identification doit permettre d'étudier notamment les antigènes suivants :
- Rh : D, C, c, E et e ;
- Kell : K et k ;
- Kell : Kpa et Kpb ;
- Duffy : Fya et Fyb ;
- Kidd : Jka et Jkb ;
- MNS : M, N, S et s ;
- Lewis : Lea et Leb ;
- P1 ;
- Lutheran : Lua et Lub ;
- ainsi que certains autres antigènes selon la composition de la gamme utilisée.
Le panel doit notamment comporter, sur au moins deux hématies, les profils permettant d'étudier correctement les systèmes présentant un effet de dose, notamment :
- K ;
- Fya et Fyb ;
- Jka et Jkb ;
- S et s ;
- ainsi que des hématies P1 négatives.
Des hématies de phénotype RhD négatif présentant certains profils antigéniques sont également recommandées afin de faciliter l'identification de certains anticorps.
L'identification d'un anticorps repose sur l'analyse conjointe des réactions positives et négatives et du profil antigénique des hématies-tests. La spécificité proposée doit être confirmée par des réactions positives avec des hématies portant l'antigène correspondant et par des réactions négatives avec des hématies qui ne le portent pas. La réglementation française prévoit, pour la validation d'une spécificité, l'utilisation d'au moins trois hématies positives et trois hématies négatives, avec certaines particularités pour les associations d'anticorps de spécificité Rh.
Lorsque ces critères ne sont pas suffisants, des hématies supplémentaires et/ou des techniques complémentaires peuvent être utilisées afin d'identifier les anticorps présents et de rechercher d'éventuels anticorps associés.
La RAI ne se limite donc pas à la mise en évidence d'une réaction positive : son objectif est de détecter, identifier et caractériser les anticorps cliniquement significatifs, afin d'adapter si nécessaire la stratégie transfusionnelle et la prise en charge obstétricale.
