Avant toute transfusion de concentrés de globules rouges (CGR), il est indispensable de rechercher la présence éventuelle d’anticorps dirigés contre les globules rouges du patient. Cette recherche, appelée recherche d’anticorps irréguliers (RAI), permet d’identifier une éventuelle immunisation et de sélectionner des CGR compatibles avec le receveur.
La durée de validité de la RAI dépend des antécédents immunisants du patient. En pratique, une RAI est généralement valable 3 jours avant une transfusion. Dans certaines situations, notamment en l’absence d’antécédent transfusionnel, obstétrical ou de greffe récent, sa validité peut être prolongée selon la réglementation et les conditions définies par le prescripteur.
Chez un patient transfusé plusieurs jours consécutifs, une nouvelle RAI peut être nécessaire afin de détecter une immunisation récente ou la réactivation d’un anticorps ancien devenu indétectable.
Tous les anticorps érythrocytaires ne présentent cependant pas la même importance clinique.
Anticorps ayant peu ou pas d'incidence
Certains anticorps ont une faible ou aucune incidence clinique lors de la transfusion de CGR. Il s’agit notamment de nombreux anticorps naturels de type IgM, généralement peu ou pas actifs à 37 °C.
On peut notamment citer certains anticorps des systèmes Lewis (LE), Lutheran (LU), P1 et Ii. D’autres anticorps, comme certains anti-M, anti-N ou anti-Lua, ont également une incidence clinique généralement limitée.
La signification clinique d’un anticorps doit toutefois être évaluée en fonction de sa spécificité, de son activité à 37 °C et du contexte transfusionnel.
Anticorps ayant une incidence
Les anticorps du système ABO sont particulièrement importants, car une incompatibilité peut provoquer une réaction hémolytique aiguë potentiellement grave. Leur respect est donc une règle fondamentale de la transfusion.
Certains patients peuvent également développer des anticorps dirigés contre des antigènes de fréquence élevée ou contre des antigènes absents de leurs propres globules rouges.
Les anticorps irréguliers, principalement de type IgG, peuvent apparaître à la suite d'une transfusion ou d'une grossesse. Ils peuvent être responsables de réactions transfusionnelles immédiates ou retardées.
Les systèmes les plus fréquemment concernés sont notamment Rhésus (RH), Kell (KEL), Duffy (FY) et Kidd (JK). Leur identification est essentielle afin d'éviter la transfusion de CGR portant l'antigène correspondant.
Signification clinique selon les anticorps
| ABO | Réactions potentiellement très graves, voire mortelles |
| RH | Réactions hémolytiques immédiates ou retardées |
| KEL | Réactions hémolytiques immédiates ou retardées |
| FY | Réactions immédiates ou retardées |
| JK | Réactions immédiates ou retardées |
| MNS | Généralement faible pour anti-M et anti-N ; variable pour les autres |
| LU | Anti-Lua généralement peu significatif ; anti-Lub pouvant être plus important |
| P1 | Généralement faible ; certaines situations peuvent être significatives |
| DI | Signification variable selon l’anticorps |
| CO | Signification variable selon l’anticorps |
| LW | Généralement modérée |
| YT, XG, SC, CH/RG, CR, KN | Généralement faible ou sans incidence clinique significative |
| Vel | Peut entraîner des hémolyses sévères |
La signification clinique d’un anticorps doit toujours être interprétée en fonction du contexte biologique et transfusionnel du patient.
Conduite transfusionnelle en présence d'un anticorps
Lorsqu’un anticorps cliniquement significatif est identifié, les CGR sélectionnés doivent, dans la mesure du possible, être dépourvus de l’antigène correspondant. Des épreuves de compatibilité peuvent également être réalisées avant la délivrance des produits.
La situation est plus complexe lorsque l’anticorps est dirigé contre un antigène de grande fréquence, présent chez la grande majorité des individus. Il peut alors être difficile, voire impossible, de trouver rapidement des CGR compatibles.
Dans ces situations particulières, une recherche de donneurs présentant un phénotype adapté peut être nécessaire. Le recours à des structures spécialisées, notamment au Centre national de référence pour les groupes sanguins (CNRGS) et, si besoin, à des réseaux de recherche de sangs rares, permet d’identifier des produits compatibles.
La RAI constitue donc une étape essentielle de la sécurité transfusionnelle. Elle permet d’identifier les immunisations érythrocytaires du patient et d’adapter la sélection des CGR afin de limiter le risque de réaction transfusionnelle.